Sortie vélo, dimanche 8 mars 2015, la journée du RATA 200 km

Sortie vélo, dimanche 8 mars 2015, la journée ; audax 200 :
 
On commence par des douceurs, des boissons sucrées, chaudes ou non, chez l’ami Jean-Pierre, avant d’aller affronter plus salé, plus hostile : la froideur bien présente de l’aube du printemps premier, qui crispe encore, saisit les doigts, brûle le visage. On connaît la musique et la chanson, ces audax officieux qui viennent frapper un grand coup en début d’année, indicateurs d’une série exaltante pour qui veut aller se qualifier pour des Paris-Brest-Paris (dont une édition se prépare pour ce millésime), apprécier l’état de sa condition, affermir sa forme, éprouver, au-delà des sensations rudes et bonnes, des émotions sur des parcours qui sillonnent la vaste Uzège, territoire le plus indiqué pour une escapade de cette envergure au départ de Castelnau sur les rives du Lez.
Jean-Pierre a mené la barque et ses seize occupants comme d’habitude, suavement, tranquillement, efficacement, sans à-coups, à bon port. Pas de crevaison, pas de passage à vide, tout un chacun s’appliquait à garder la cohésion, comme un seul individu grandi par cette tacite entente.
17 volontaires intéressés se sont présentés rue des Tribuns, des briscards de toujours, un Robert à la granitique silhouette qui n’évoque que la puissance, l’aisance- il le montrera au long du jour, lui qui assez souvent fut la locomotive assurant le train (avec ou sans jeu de mots)-, mais encore les craintifs du Salagou – ils se reconnaîtront -, pour de bon venus éponger leur éventuel remords de dimanche dernier. On a connu des départs d’audax pas si datés où le groupe gonflait quasiment jusqu’a la cinquantaine d’éléments. Les curieux autochtones n’auront pas vu en ce doux dimanche le long filet multicolore d’alors ; il n’empêche, notre modeste ruban chatoyant a irrigué joyeusement les terres figées encore brunes et grises entre Gardon et Cèze.
Le ciel ne gardera pas le bleu intense qu’il paraissait promettre au saut du jour, tout comme la veille il se fanera légèrement, entretenant une ambiance fraîche, pas en avance sur la saison.
Ce n’est pas encore ce 8 mars que les shorts seront de sortie, il faut savoir préserver les quadriceps des contractures. 8 mars, au juste, c’est bien la fête des droits des femmes ? Mais de quels droits parle-t-on ? Le droit de servir des messieurs au comptoir du café de La Calmette par exemple, où tandis que des mains féminines assuraient le service, les moustachus mal rasés, à casquette voire fumant la clope (et enfumant le salon) remplissaient leur carte de turfiste ? Le droit de s’abîmer une vertèbre en voulant le dire avec des fleurs, ainsi que Nadine l’a vécu ? La fête, elle devrait être pour tous et tous les jours, mais là, l’utopie n’est pas loin !
L’heure n’est pas encore arrivée des asperges fines supplantant les poireaux sauvages. Tout explosera bientôt, rattrapera le retard, et l’on verra se mêler les salsifis étoilés des landes, les coquelicots sanglants des talus, les muscaris à toupets mauves, les « dames de onze heures » élégantes ornithogales blanches rayées de vert. L’amandier à la rose parure reste parcimonieux malgré tout, on a bien croisé des sous bois de chênes blancs où le buis sentait tant qu’il pouvait, pour le reste, seul le pas des moutons réveillait les arômes de la garrigue.
Au plaisir du peloton uni sans souci des retards à combler s’ajoutait le bonheur de déambuler sans se préoccuper du chemin à prendre, tant les guides attitrés, discrets mais efficaces avaient pensé en amont le parcours, avec ses haltes calibrées équidistantes, la proximité nécessaire d’un point d’eau ou d’un café de repli en cas de temps qui vire. Les routes sont connues, y repasser avec des saisons envolées présente l’attrait de la nouveauté quasiment. Les bords des Gardons sont toujours attirants, de belles propriétés ont été aperçues, là bas un château sur la
colline, donjon de pierre à Masmolène ou tours couronnées d’ardoises angevines vers St Dezery ; gentilhommière aux volets verts, aux grilles forgées sveltes, clochers sentinelles autour desquels se serrent les anciennes maisons paysannes, lavoirs à eau fraîche ; et toujours des horizons estompés, bleutés, où les terres semblaient se dissoudre contre le ciel.
On s’était déjà posé à Cavillargues, aujourd’hui l’histoire est autre, et le café du commerce nous accueillera pour la sortie de table en plein air, pour le petit noir qui aide au redémarrage.
Des brevets comme ça, on en redemanderait : pas de vent, dénivelé imperceptible, moyenne et horaires respectés. On a connu des 150 plus coriaces, on connaitra même des étapes carabinées de moindre longueur, qu’il me suffise d’évoquer les 100 kilomèttres nous menant dans les années 90 vers Misurina Longères (Tre Cime di Lavaredo pour ceux qui connaissent).
A l’heure dite donc, la récompense était au bout, toujours et encore des flatteries, des pains d’épice, des canettes, y compris de la saucisse sèche, présents de notre fomenteur de longues boucles, pour sceller la réussite de l’ouvrage, avec le sentiment du devoir accompli, de la mission pleinement réussie, invite aussi à poursuivre dans un même élan porteur vers de nouvelles opérations itinéraires au loin déroulés. Merci à tous pour la notoire tenue, les fugaces bons moments, bel exemple d’une des facettes du cyclotourisme bien entendu. (231 km depuis Grabels, 5 h30 – 17 h40, 1874 m dénivelé)
Victor, qui s’en sortira avec une « bouffiole » dans l’oeil, mais la jambe légère..
Vers Saint Christol (8 mars 2015)
 
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