Sortie découverte, dimanche 25 janvier 2015, la journée

Sortie découverte, dimanche 25 janvier 2015, la journée :
 
Certes on n’était pas « entre Sète et Marseille à voir voler le chapeau de Mireille », comme le chante Marcel Amont sur les paroles et la musique de Georges Brassens, il n’empêche que le peloton de 18 unités dégustera en ce beau jour de pur hiver, entre Moure et Gardiole, de quoi sécher les lèvres, faire tirer des larmes, secouer les vélos avec un Mister Mistral qui s’est invité sur des piques courroucées annoncées à 112 à l’heure (j’admire cette précision arbitraire de l’office météorologique national), au moins alentour du grand Rhône. Ce souffle continu et coupant, qui est plus la marque de février que du premier mois de l’année, nous agacera en permanence, à la moindre clairière, à la moindre sortie des petits refuges comme le parc d’Issanka, les bosquets de pins vers Bessilles, au passage entre les vignes bien taillées déjà pour la plupart.
 
En contrepartie, que de soleil clair, que de vaste azur, quel bol d’air épuré de tout miasme ! Le long des terres labourées ou des semis qui lèvent timidement en discret duvet vert, on aurait pu se croire dans les landes vendéennes des prés salés. Mais ici, le seul troupeau à l’horizon, c’était nous, engoncés, emmitouflés, gantés, encagoulés.
 
Jean Pierre pour cette virée découverte « autour du Bassin de Thau » a prévu quelques petites haltes parcimonieuses. Le patrimoine singulier et local doit se déguster à petites doses, pas homéopathiques mais quasi : église fortifiée à bel appareil de pierre coquillière en dehors, jolis marbres en dedans quand c’est ouvert (Loupian, Montagnac, Montbazin), des siècles superposées, des traces défaites, des indices perdus. Ou bien des édifices insolites telle cette belle fontaine ronde à l’orée de l’ex N-113 aux portes de Montagnac, un point de captation et de convergence de différentes sources alimentées par un mystérieux réseau souterrain venu du voisin plateau des Paredous. Ou encore ces petits détails architecturaux entr’aperçus dans les ruelles anciennes des villages qui se sont souvent établis en circulades autour de leur clocher rassembleur, détails qu’on essaye de mettre en évidence, de préserver d’un masquage trop facile, d’une destruction par mégarde, d’un abandon par déshérence (à ce propos, ça croule dur dans le labyrinthe des venelles de Montbazin, dommage !).
 
Et puis comment ne pas évoquer la beauté des fins traits de toutes ces branches dépouillées des arbres, nues, flagellées contre le ciel par cet inlassable courant glacé venu des montagnes, silhouettes impassibles, attendant l’heure du rhabillage printanier, ces frênes, ces micocouliers, ces chênes des bords des routes et des chemins, ces hauts platanes mugissants, ces roseaux musiciens encore ployant en s’auto flagellant sous les rafales continues ?
Pour le coup, indécis que j’étais jusqu’au dernier moment, je me suis quand même rendu au café du Progrès à Lavérune, en tenue civile, sur le vtc, au cas où, sait-on jamais, un appel impromptu de service me demande toutes affaires cessantes de rallier Montpellier. Car je suis de garde cette semaine. L’alerte ne sera point, tant mieux, même si avec le mobile embarqué j’étais paré pour répondre sans délai. Il est loin le temps où, voici une bonne quinzaine d’années, je partais effronté pour la journée du côté de Sénas aux confins du Gard, pour fêter un anniversaire malgré mon régime d’astreinte, j’avais aussi joué à quitte ou double et je n’avais pas eu tort de provoquer le bon côté du sort. Il n’en fut pas toujours ainsi, et j’ai encore en tête le souvenir un peu cuisant d’un appel qui fut plus un rappel à l’ordre, vers Cardet, entre Anduze et Alès, mais j’avais une excuse, la pile de mon téléphone s’était déchargée dans le sac avant où il avait pris tout le froid de la route hivernale si bien que je n’avais pas capté l’alarme matinale, je n’en eus connaissance que vers midi et je finis ce jour là ma journée avec l’assurance que l’automate s’était bien remis en route, même si avec l’aide d’une dévouée collègue qui savait « mettre les mains dans le cambouis » comme elle se plaisait à dire si souvent ! (96km, depuis St Georges d’Orques, 8h30 – 15 h 35)
 
Victor, à quelques mois de la quille (celle de St Paul, pour les connaisseurs, entre Galamus et Grau de Maury, c’était il y a moins d’un mois)