Audax 200, mars 2010

Randonnée cyclotouriste, Audax 200, dimanche 14 mars 2010, la journée :

C’est bien une des seules et rares fois qu’un Audax kilométrique ne constitue pas un brevet qualificatif tout ce qui se fait dans les normes fédérales. Pour ce millésime 2010, point de frais d’inscription même minimes, point de carte de route, point de nécessité de pointage ou tampon, point de voiture à gyrophare pour signaler un peloton important ; bref, ça pourrait sentir la dissension à 200 bornes à la ronde !

Pourtant, c’est bien à une formule Audax que nous a invités Jean Pierre, avec une feuille de route planifiée sur une moyenne de 22.5 km/h et arrêts minutés réduits au minimum réglementaire. Rien d’officiel donc dans cette pédalée qui ne se voulait que conviviale et à laquelle participa un nombre restreint de licenciés, eu égard aux effectifs précédents bien plus pléthoriques. Le peloton atteindra la vingtaine, soit trois fois moins que d’habitude. Il n’embêtera pas les automobilistes (d’ailleurs présents de bonne heure curieusement), il ne se démarquera pas des règles élémentaires de sécurité en groupe restreint.

On s’est donc retrouvés rue des Tribuns à Castelnau, autour d’une table accueillante où picorer et boire bien des choses et des douceurs avant d’aller affronter le petit froid de l’aube en tenue fluo. L’éclairage aura été utile sur la première heure, mais le ciel ultra propre a très vite illuminé le paysage. Dame météo a promis que l’hiver commencerait à desserrer son étreinte, que les températures seraient à deux chiffres et du bon côté du zéro, même si le mistral devrait faire des siennes dans l’Uzège qui reste par excellence la contrée où aller en découdre pour des débuts de saison déjà un peu plus calibrés.

Des forts calibres, il n’en manquait pas dans le paquet modeste : tout le monde ne règle pas ses pendules de la même façon, il en est qui affichent une condition étonnante sinon insolente, même si février a constitué cette année une sérieuse entrave à la progression régulière. Je pense ici à l’ami Robert, ce Charles Terron du 21° siècle, prêt à terrasser tous les dragons de n’importe quel Paris-Brest-Paris. Je pense aussi à Alain K. qui a misé cette année sur un sacrifice des travaux horticoles au profit de la seule petite reine. Rien à redire vis-à-vis des retraités qui maintiennent leur niveau de forme sans heurt, et je salue le pote Albert toujours aussi coriace et pugnace, présent à tous les rendez-vous intéressants. Le printemps n’a pas encore officiellement sonné et pourtant il est des fleurs qui s’épanouissent, je pense ici à une certaine Dominique, jamais aperçue dans un tel type de périple, la rousse sous son casque s’est montrée tout feu toute flamme et pas seulement par sa tenue rutilante. Pour le coup, cette allure, cette aisance, cette efficacité m’ont rappelé certaines gazelles du lointain Paris Brest Paris de 1991, où de fières et indépendantes amazones malgré pluie, bosses et vents contraires, souriantes et élégantes dans l’adversité, alignaient des centaines de bornes au nez et à la barbe de faux-costauds. Il n’est pas donné à tout un chacun de disposer d’une apparente facilité : il n’y a pas de secret : si des Lucien, des Guy de St Gély ou de Mauguio, ont perdu pied et bifurqué du côté d’Uzès, c’est que leur préparation sans doute n’atteignait pas celle de certains, qui affûtent leurs armes presque trop tôt en saison.

Pascal qui manque de kilomètres compte sur sa jeunesse relative pour rester dans le paquet. Dans ma modeste forme actuelle, je fais confiance aux abris des uns et des autres pour empêcher les jambes d’être gagnées par des crampes. J’aurais eu moins de facilité ce jour pour m’échapper au devant du peloton et revenir sur lui après quelques prises photographiques. N’allez pas croire pour autant que c’est la raison pour laquelle j’ai laissé mon appareil numérique au garage : j’ai pris la bûche de chèvre pour le Nikon de service ! Le couple indissociable Alex Pierrette sera là pour pallier l’absence des habituels reporters imageurs. Faut dire que l’exercice de prise de vues est moins évident que lors d’un périple-découverte, nous sommes venus pour rouler, pas pour contempler !

Malgré la halte chaude à St Mamert du Gard (un classique arrêt avec son bar, sa boulangerie et sa placette abritée), la matinée deviendra usante dans les faux plats ventilés vers St Laurent de la Vernède. Il suffisait de serrer les dents, ou de lever un peu le pied, ce que l’on fit chacun selon son tempérament. Le Bar de l’Embuscade sis à Bruguière, et repéré par l’ami JPR, n’attira pas grand monde en son antre minuscule, tant il faisait bon goûter en pleine lumière aux vivres emportées par chacun- y compris un certain rosé sorti d’une bouteille plastique, dont le contenu était bio- et quoique le fond de l’air (agité sans cesse) resta plus que frais malgré tout. Le Reboulet Marcel dépannera toutefois tel qui pensait trouver le pain sur place en une boulangerie bien virtuelle. Le préposé au comptoir se sentira même débordé au moment de commander les cafés. Pas de thé, pas de chocolat pour les amateurs de telles sorties de table, mais la valse des tasses de petit noir allait bon train sous l’évier où le jet d’eau n’arrêtait pas de remplir les bidons.

La vive lumière et la température radoucie de l’après midi promettaient sans surprise un retour triomphal vers le terroir Héraultais, surtout que le souffle mistralien que nous avions eu debout à l’aller consentit à ne pas trop mollir et à nous accompagner favorablement pour franchir toutes les collines nous séparant du Clapas. La moyenne reprit de l’embellie, les muscles prématurément trop intensément sollicités furent soulagés. Plus rien à craindre, on serait presque partis pour un 300, on n’aurait pas dit non ! Que du bonheur, que le sourire d’un grand soleil sur une campagne pourtant en retard notoire cette année sur le plan végétatif. Les traces de neige étaient constamment présentes, huit jours figées au sol, même aux ubacs, pas mal pour un mars méridional !

Ce n’est pas tant l’hirondelle que la fleur qui fait le printemps, eh bien fallait avoir l’œil pour repérer dans le paysage terne les roquettes, les pâquerettes et autres soucis calendula. Finalement, je n’aurai vu que les grosses primevères des coupe-vent fédéraux. Pourtant, il est un signe qui ne trompe pas, annonciateur autant que d’autres plus éminents, d’un chamboulement de saison, c’est la soif qui talonne au fond des gosiers, heureusement à cet égard le robinet de Cannes remplaça avantageusement le point d’eau absent du cimetière de Montmirat.

La messe était dite, en grande partie. L’horizon du Saint Loup s’est rapproché. On a gambadé en toute tranquillité dans la chênaie de Carnas, on a mouliné une dernière fois dans les pinèdes de St Bauzille de Montmel. La lumière câline, les profils suaves n’ont cessé de nous bercer : trop beau cet azur. Que durera-t-il ? Qu’importe, demain sera un autre jour, et notre dimanche en fête aura été une bonne pépite de plus ; notre condition va monter comme monte le soleil : à toute vitesse. Nous pourrons dorénavant sans complexe porter l’estocade dans d’autres escapades à venir.

Finalement notre 200 n’en sera pas un, il manquait quelques encablures au compteur des uns et des autres pour franchir la barrière psychologique de ce chiffre magique. Seuls les puristes s’en offusqueront. La petite avance sur l’horaire ne me permettra même pas d’aller à la votation du jour, j’arriverai sur Aniane à 18 h 05, les urnes étaient bouclées. J’ai raté un devoir pour un autre, sans regret.

Victor, reporter au pied levé.